mercredi 13 novembre 2019

Découvrir son intériorité 3/3


Le Frère Jean-Baptiste de Marie, Carmes du Couvent de Paris a eu la gentillesse d'écrire un article pour le site : jaisoif78.com qui est une extension de ce blog. 



Découvrir son intériorité : une exigence de Vérité (fr. Jean-Baptiste de Marie, Mère de Miséricorde, o.c.d.)
Jaisoif78.com



1     « Retour aux choses mêmes »

Comment la phénoménologie, une science archéologique selon les termes d’Husserl, a-t-elle pu répondre à son désir d’intériorité, à son désir de vérité sur le monde et les choses ? Prenons le temps de définir brièvement le concept de phénoménologie. D’abord, la phénoménologie est cette philosophie qui s’attarde sur les phénomènes : il s’agit de décrire les phénomènes, les objets d’une manière scientifique, telles qu’ils nous apparaissent sous les yeux, pour revenir à l’essence des choses. C’est le retour aux choses mêmes, comme le disait Husserl, c’est-à-dire retour à l’essentiel de notre perception du monde, sans jugement, ni apriori. La phénoménologie appelle à une conversion du regard, à une suspension du jugement (en grec epoké). 

Comme le dit le Père Didier-Marie Golay, dans l’une de ses conférences sur Edith Stein, « Cette méthode rigoureuse pour accéder à un essentiel qui s’impose comme vérité avec son absolu […]  Il s'agit d'observer, puis de décrire les phénomènes pour parvenir à la reconnaissance d'un essentiel qui va permettre par intuition, de reconnaître la vérité profonde des choses, dans un respect total de ce qu'elles sont en elles même »[1]
C’est justement cela qui saisit Edith Stein, ce qui va répondre à son désir absolu de vérité et d’intériorité : accéder à un essentiel qui est vérité ; parvenir, à travers l’étude des phénomènes, à reconnaitre la vérité des choses, dans leur respect et leur être profond. Cette vérité d’intériorité, elle va en faire l’expérience réelle et concrète quand elle prendra la forme d’une personne et d’un visage, celle du Christ, qu’elle appellera plus tard, « le centre de ma vie ». 

2    Sa première rencontre avec le Christ

Cette première rencontre a lieu après la mort de son ami, Adolf Reinach, mort au front, et en 1917, elle part visiter la femme de ce dernier pour l’aider à trier les papiers philosophiques de son défunt mari. Edith Stein s’attend à trouver une femme accablée par le deuil, mais voilà qu’elle la trouve rayonnante, habitée, lumineuse. C’est par ces mots qu’elle déclare :
« Ce fut ma première rencontre avec la Croix, avec la force divine qu'elle donne à ceux qui la portent. Je vis pour la première fois l'Eglise née de la souffrance rédemptrice du Christ dans sa victoire sur l'aiguillon de la mort, visible devant moi. Ce fut l'instant où mon incroyance s'effondra, mon judaïsme pâlit, le Christ étincela, le Christ, dans la Lumière de la Croix ».
Son désir intérieur de vérité qu’elle a cherché dans la phénoménologie se montrait sous ses yeux sous un jour nouveau, car cette vérité intérieure devenait visage et concret : le Christ étincelant se présentait à elle comme la Vérité la plus intérieure et la plus vraie qui soit. C’est à partir de cet instant qu’une vie intérieure devint le lieu où habitait le Christ, devenant chrétienne de cœur, elle qui le deviendra définitivement à la lecture à l’été 1921 de la Vie de Thérèse d’Avila, par ces mots : « Là est la Vérité » ! 

3    Le Carmel, une vie d’intériorité

Son désir d’une vie intérieure ponctuée de Vérité, elle ira la chercher jusque dans les murs du Carmel de Cologne-Lindenthal, le 14 octobre 1933, après une longue carrière d’enseignante chez les dominicaines de Spire (1922-1931) et de conférencière à travers le monde (1931-1933). Au Carmel, elle va apprendre à découvrir une vie tout intérieure, faite de silence, de prière, de travail, mais aussi de récréation, de temps fraternels, tous ces évènements faisant grandir son désir de Vérité. Comme elle le dira elle-même, dans une de ses lettres, « Celui qui entre au Carmel n’est pas perdu pour les siens, il est gagné très exactement car notre vocation est de nous tenir devant Dieu pour tous »[2].
Se tenir devant, n’est-ce pas pour elle, faire aussi la vérité devant Dieu, devant soi, pour que notre être personnel demeure vrai et authentique à la fois devant Dieu et devant tous ? Edith Stein n’a jamais cessé de chercher la vérité, celle de son être, que ce soit dans ses études philosophiques (notons au passage son œuvre philosophique et théologique sur le sens de l’être, « l’Etre Fini et l’Etre Eternel »), dans l’oraison, ou encore dans les temps communautaires, cette vérité à la fois tout intérieure et tout extérieure transparait en elle et à travers elle, car c’est son désir le plus profond et sa vocation la plus authentique. Comme le disait d’ailleurs, son maitre Husserl, « chez elle, tout est absolument authentique »

Conclusion : Faire de son intériorité une vérité à désirer toujours plus

Edith Stein, toute sa vie, n’a fait que rechercher la vérité, une vérité intérieure qui est le Christ, n’étant plus seulement une recherche intellectuelle, mais une personne réelle et concrète. Elle n’a de cesse chercher qu’à cultiver son intériorité pour y trouver cette Vérité qu’elle cherchait sans le savoir. Ce désir d’intériorité, de vérité, qu’elle avait ne s’est pas arrêté après sa rencontre avec le Christ, lui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Sa vie, comme la nôtre d’ailleurs, n’est qu’une longue et passionnante quête de la Vérité, qui est une personne réelle, concrète, présente au sein de notre tréfond intérieur et qui ne demande sans cesse qu’à être cherché, même si elle nous demeure cachée, dans les profondeurs intimes de nos obscurités quotidiennes. 

Alors, redisons-nous aussi cette belle parole d’Edith Stein : « Qui cherche la vérité cherche Dieu, qu’il en soit conscient ou non ». Car qui cherche la vérité au fond de son intériorité, désire cette vérité toujours plus au plus profond de soi-même, cherche Dieu, lui qui est la Vérité, le Chemin et la Vie, vérité, chemin et vie pour notre chemin d’intériorité et de sanctification !


[1] Didier-Marie Golay, o.c.d., « Edith Stein – Thérèse-Bénédicte de la Croix : Itinéraire d’une vie-1 (1891-1933) ».
[2] Lettre d‘ Edith Stein à Fritz Kaufmann. 

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Zurbaran



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